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Jeudi, 20 Mai 2010 15:29
Par : Sébastien Careau, agronome
Club Environnemental et Technique Atocas Québec (CETAQ)
La production de la canneberge au Québec connaît un essor fulgurant depuis quelques années. En près de 20 ans, cette culture marginale est devenue un fleuron pour l'agriculture dans la région du Centre-du-Québec. Aujourd'hui, c'est 67 exploitations qui cultivent l'atoca, dont plus de 80 % se retrouvent dans cette région. En 2008, la valeur à la ferme de cette industrie a atteint les 100 millions de dollars et en 2009, il s'est produit plus de 96 millions de livres de canneberges. Pour 2010, les superficies en culture devraient dépasser les 7 000 acres répartis dans plusieurs régions du Québec. D'ailleurs, notre province a dépassé celle de la Colombie-Britannique en terme de production. Il faut en être fier!
Comme l'augmentation des superficies s'est faite rapidement et que les terres utilisées sont généralement près des milieux humides, cette culture a fait l'objet d'une attention particulière auprès des instances gouvernementales. Ainsi, cette production s'est développée avec l'appui du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ), des Municipalités régionales de comtés (MRC) et du ministère du Développement Durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), dans l'optique d'une agriculture durable.
Une bonne partie du territoire utilisée pour l'implantation des cannebergières était constitué de terres qui avaient été délaissées dans les dernières décennies. Comme le potentiel agricole était faible (sol peu fertile, acide et avec une nappe phréatique élevée), ces terrains étaient peu exploités. L'industrie de la canneberge a donc contribué à développer le potentiel socio-économique de petites municipalités du Centre-du-Québec. Qui peut s'en plaindre?
En matière d'aménagement du territoire, la mise en culture des champs de canneberges demande un important bouleversement du milieu. Toutefois, comme c'est une culture pérenne qui sera présente pour plus de 100 ans, les producteurs sont de plus en plus sensibilisés à augmenter la biodiversité sur leur site. Ainsi, en conservant des corridors forestiers et en aménageant des haies brise-vents et des bandes riveraines arbustives, ils contribuent à conserver une faune (ex. : pollinisateurs indigènes, tortue des bois, grue du Canada) et une flore diversifiées, pour ainsi mieux protéger l'environnement.
Comme la production de canneberge demande une réserve en eau importante, la mise en œuvre d'une gestion de l'eau en recirculation s'est rapidement développée. Aujourd'hui, elle est devenue une exigence par le MDDEP pour les nouvelles cannebergières. Ainsi, les producteurs peuvent récupérer en grande partie leur eau d'irrigation, de récoltes et d'inondations et diminuer leur besoin de prélèvement dans les cours d'eau. De plus, lorsqu'un surplus d'eau doit être rejeté dans un cours d'eau principal, les canaux et les réservoirs présents dans les atocatières permettent la décantation de l'eau et ainsi diminuer le rejet de sédiments et de phosphore. De plus, cette méthode constitue un moyen de conserver l'eau sur la ferme à la suite d'une application de pesticides pour permettre leur dégradation avant de les envoyer vers le milieu aquatique.
La production de canneberges est également l'une des cultures les plus encadrées au niveau du suivi de la production. Avec la présence du Club Environnemental et Technique Atocas Québec (CETAQ) et de quelques conseillers indépendants, les producteurs peuvent compter sur une expertise de qualité pour faire le suivi de leurs champs. La lutte intégrée des ravageurs de la culture a fait partie intégrante du développement de la production dès les débuts du CETAQ, il y a plus de 15 ans. Près de la totalité des superficies font l'objet d'un dépistage et d'un suivi de fertilisation pour optimiser les applications d'engrais et de pesticides. Ainsi, les producteurs protègent l'environnement en minimisant leurs intrants et par le fait même, leurs rejets, tout en maximisant leurs rendements.
Certes, la production de canneberge bouleverse le milieu lors de son établissement. Toute production agricole le fait aussi. Les producteurs doivent déboiser les terres (lorsque nécessaire), creuser des bassins, installer des réservoirs et des canaux de drainage. Ces derniers déploient beaucoup d'efforts afin de respecter les principes du développement durable tout au long de cette phase d'implantation. Ils aménagent ensuite des superficies en conservant les bandes riveraines, installent des bassins de sédimentation, stabilisent les fossés des champs, etc. Bref, les producteurs demeurent à l'affût de toutes les nouvelles technologies (par le biais du CETAQ et de leurs conseillers) qui peuvent les aider à être plus performants au plan environnemental et économique. En somme, la culture de la canneberge est le reflet d'une agriculture verte et durable. D'autres cultures s'en inspirent aujourd'hui.
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